Sexualité

La sexualité est encore souvent un sujet tabou pour en parler avec notre médecin. Pourtant, cela peut être important dans notre vie. C’est pourquoi nous en parlons ici.

Faire l’amour avec du cœur

La sexualité est la manière la plus intime de communiquer, de s’exprimer. Beaucoup de gens se posent des questions sur leur sexualité. Avec un problème cardiaque, on s’en pose encore plus. Ce n’est pas qu’une question de condition physique, bien que ça peut jouer un rôle, mais surtout de notre être en entier et de notre relation.

scadinfo.fr

Le choc de la crise

Après une crise cardiaque, on peut en principe faire l’amour dès qu’on sait monter deux fois les escaliers selon certaines sources. D’autres donnent le feu vert après 15 jours. Voilà ce qui est dit. C’est intéressant , mais nous ne sommes pas des machines: il y a nos sentiments aussi.

Se faire des câlins au lit est rassurant, surtout quand on vit des choses difficiles. Tant qu’on ne grimpe pas aux rideaux et que la relaxation et la douceur règnent, pourquoi patienter? Certaines ressentiront ce besoin après quelques jours, d’autres un mois ou plusieurs mois après. Surtout au début, il vaut mieux garder le principe de le faire avec prudence et calmement. Les bienfaits des câlins est décrit aussi ici sur notre site.

Nous n’avons pas attendu les deux semaines. Tranquillement et avec tendresse nous avons dépassé nos peurs, les angoisses de cet événement foudroyant. Être réconfortée et le réconforter. Sans mots. Besoin aussi de retrouver notre vie normale. Ça nous a fait du bien de nous retrouver.

M.M., patiente

Qu’on ait justement envie de se réconforter dans la sexualité ou qu’on perde cette envie pour un temps plus ou moins long, les deux sont compréhensibles car chacune de nous réagit différemment et nos situations peuvent être très différentes. Il se peut aussi que nous ayons des appréhensions et que nous n’osions pas. Notre corps, notre cœur a trahi !

Voici des questions que certains peuvent se poser:

  • Est-ce que j’en ai encore envie ?
  • Si j’en ai moins envie,est-ce que ma/mon partenaire comprend ?
  • Est-ce que j’ai juste envie de câlins, de chaleur, juste me sentir aimé(e) sans aller jusqu’au bout ?
  • Peut-être n’en ai-je pas envie du tout ?
  • Est-ce que j’ai besoin d’être seule temporairement, de digérer ce qui s’est passé?
  • Comment résoudre l’envie de mon partenaire si elle/il veut. Ou est-ce que ça c’est son problème ?
  • Comment faire si c’est plutôt lui ou elle qui a peur, tandis que moi j’ai envie ?
  • Est-ce que j’oserai dire ce que j’aimerais dire ?
  • En l’état actuel, est-ce que mon corps, mon cœur est encore capable de jouir ?
  • Est-ce qu’il est dangereux pour moi de jouir?

Comme la sexualité est profondément émotionnelle, nos soucis et nos craintes peuvent avoir leur répercussion aussi. La crise cardiaque ébranle. Certaines se posent la question si elles peuvent garder leur job ou si au boulot, les autres seront compréhensifs. D’autres se demandent comment continuer à prendre soin de leur famille. Est-ce que l’entourage comprend ? Est-ce qu’il comprend que dans cette situation, on ne peut pas tout faire ? Qu’on ne peut pas participer à certaines activités ?

Témoignage: Ne pas avoir envie de faire l’amour peut avoir sa racine dans ce genre de tracas. Pour certaines il y a trop d’insécurité, trop d’angoisses. Ou bien on peut être déprimée. Dans ce cas il faut réagir. En parler avec son partenaire, les autres et avec son médecin ou son thérapeute. Ce genre de choses se traitent.

Témoignage: Apprivoiser ses peurs, dépasser les barrières, demander de l’aide demande du courage. Quand on est déprimée, angoissée, c’est souvent difficile. Mais dans toutes les vies il y a des crises. Ce sont des changements, qui font mal. La conséquence est qu’il faut trouver un équilibre entre ses peurs et ses capacités et retrouver un nouvel équilibre dans sa vie. Parfois nous pouvons le faire seule, parfois il faut de l’aide.

Témoignage: demander de l’aide

L’envers positif de la médaille

La crise peut être l’occasion d’approfondir notre relation avec l’autre. Cela peut justement rendre plus stable notre relation. Et peut-être la sexualité prend une dimension autre aussi satisfaisante mais plus intense.

Nos rapports intimes sont bien plus qu’une activité intense qui peut nous amener à une sensation assez unique, l’orgasme. Bien que chez les hommes la question de la performance soit probablement plus prégnante, pour nous aussi cela peut jouer. Comme déjà dit, la sexualité est principalement une communication intime. Elle n’a rien à faire avec nos performances, nos orgasmes ou nos insuffisances physiques.

Que nous soyons plus ou moins profondément touchées par la maladie, la gravité de l’atteinte et la satisfaction des relations sont deux choses à part. Aussi malgré une insuffisance cardiaque grave, nous pouvons avoir une relation sexuelle satisfaisante. La recherche a montré que les limitations sexuelles résultant d’une insuffisance cardiaque n’affectent guère la stabilité de la relation avec sa ou son partenaire de vie. La sexualité est toujours possible. La manière dont nous exprimons cela physiquement n’est pas une question d’insuffisance cardiaque. C’est nous-mêmes qui déterminons cela. Il faut faire attention aux moments de plaisir intime de notre relation. Si vous n’êtes pas sûre de vous-même, allez-y doucement. Parlez-en avec votre partenaire pour qu’elle ou il sache ce qui est possible et ce qu’il vaut mieux ne pas faire.

Les bienfaits de faire l’amour

source: https://amelioretasante.com/les-10-bienfaits-du-sexe-pour-la-sante/

Une sexualité épanouie a des vertus:

  • c’est satisfaisant: ça augmente le bien-être et diminue le stress
  • elle diminue l’hypertension artérielle
  • c’est un exercice sportif moyen, donc ça fait circuler le sang et on garde sa forme
  • elle peut calmer les migraines
  • et favoriser le sommeil
  • sa pratique réduit la sécheresse vaginale
  • elle donne une image plus positive de nous-mêmes

Savoir dire non

Justement parce que nous avons eu cette crise, c’est peut-être le moment de mieux faire savoir ce que nous voulons… ou ne voulons pas. Nous attendons de notre partenaire du respect, de l’écoute. Notre partenaire ne sait pas forcément ce dont nous sommes capables ou non. Elle/il ne lit pas forcément sur notre visage comment nous nous sentons (surtout dans le noir ou la pénombre!) Pour notre partenaire c’est aussi un choc. Donc il faut être à l’écoute de soi-même, de l’autre et se faire comprendre en douceur. C’est peut-être le moment d’inventer des solutions ensemble !

Quand la position ne nous convient pas ou que nous sommes trop fatiguées, il faut le dire. Il se peut que nous devions nous arrêter quand on se sent moins bien (physiquement et/ou psychiquement). Faire l’amour est un plaisir et non un devoir: il s’agit de détente, de partage, de jeu. Si le désir est décalé entre les deux partenaires, on peut toujours avoir recours à la masturbation, seule ou ensemble. Les caresses et les massages permettent de se rapprocher: on ne peut pas commander l’excitation sexuelle mais on peut la stimuler.

La fatigue et la sexualité

La sexualité et la fatigue ne font pas bon ménage. Notre envie, notre besoin de sommeil peut alors prendre la place du désir sexuel. Nous pouvons être épuisées le soir par les tâches quotidiennes, par notre état physique ou psychologique.

  • Bougez, faites du sport! Cela a des bonnes répercussions sur notre vie sexuelle.
  • L’alcool peut fatiguer et n’est pas très bon pour l’acte sexuel.
  • Ne le faites pas après trop d’émotions.
  • Y aller mollo quand il fait trop chaud dans la chambre. Et quand il fait trop froid? On reste bien sous la couette!
  • Il y a d’autres moments dans la journée que le soir ou la nuit. Le matin, juste après le réveil ou juste après une sieste peuvent mieux convenir.

Les changements hormonaux

La SCAD est souvent (pas toujours) en lien avec des changements hormonaux: la menstruation, autour de la grossesse/de l’accouchement ou pendant la (peri)ménopause, donc parfois des périodes importantes dans notre vie, où notre image sur nous-mêmes changent. Les changements de notre vie peuvent déjà avoir un impact sur notre désir sexuel. Nous devons gérer les conséquences de notre crise cardiaque encore en plus. Tout ça n’est pas toujours évident et être compréhensive et bienveillante envers nous-mêmes, peut nous aider.

Jeunes femmes

Il n’est pas évident de subir une crise cardiaque quand nous sommes jeunes. Non seulement nous sommes confrontées à cela mais ça a aussi d’autres conséquences: par exemple sur la question si nous pouvons avoir encore des enfants.

Après l’accouchement, il y a déjà beaucoup de bouleversements dans la vie des femmes. Avoir une crise cardiaque ne correspond pas à l’image de papa, maman, bébé heureux. Les jeunes femmes sont donc confrontées à beaucoup de questions qui peuvent avoir une répercussion sur leur attitude envers la sexualité.

Pour les femmes qui viennent d’accoucher il peut y avoir aussi des questions concrètes comme l’épisiotomie ou l’image de notre corps.

(Peri)menopause

Pour d’autres il y a la ménopause qui tape à notre porte.

En ce qui concerne la ménopause, il y a des femmes qui ont une diminution de l’intensité de leurs orgasmes. Aussi, parfois notre corps a besoin de plus de temps pour se chauffer. Rallonger les préliminaires est donc une excellente idée.

La sécheresse vaginale est un désagrément qui peut rendre les rapports sexuels moins agréables. Les gynécologues et les saches-femmes peuvent prescrire du lubrifiant ou des gélules spécifiques qui ne sont pas dangereux pour nous car les traitements hormonaux sont généralement interdits aux femmes cardiaques. Pour information, car la prévention aussi pour d’autres maladies est importante pour nous, les sage-femmes (et les généralistes et parfois les infirmier.e.s) peuvent également nous faire des frottis cervicaux (pour le dépistage précoce de cellules anarchiques qui pourraient mener à un cancer de l’utérus). On obtient souvent plus rapidement un r.v. avec une sache-femme que chez un.e gynécologue à cause de la pénurie dans ce métier. Pour celles qui n’ont pas de problèmes particulières cela peut être une bonne solution.

La rééducation périnéale est recommandable aux femmes après l’accouchement (qu’il soit par voies basses ou par césarienne). Une rééducation similaire peut faire du bien aux fuites urinaires, aussi au niveau sexuel: elle renforce la musculature autour du vagin.

Les effets secondaires des médicaments

Certaines femmes se plaignent d’effets secondaires sexuels de certains bêtabloquants ou antidépresseurs. Certaines y sont sensibles. D’autres non. Voici par exemple la plainte d’une femme qui a suscité beaucoup de réactions similaires:

Quelqu’un a-t-il trouvé que sa libido avait chuté? Je prends actuellement 100 mg de métoprolol par jour. La recherche montre de nombreux effets secondaires sexuels chez les hommes, mais bien sûr, aucune recherche n’a été menée sur les femmes. J’ai rendez-vous dans quelques semaines avec le cardiologue et j’ai l’intention d’en discuter. Mais j’étais juste curieux de savoir si c’est un problème avec les femmes ou si je suis juste fou. J’ai le sentiment de ne plus avoir de libido et je n’ai que 36 ans!

T.D. patiente

Malheureusement, il n’y a pas de petite pilule bleue pour nous, les femmes, mais le cardiologue peut vous prescrire d’autres médicaments dans la même catégorie qui n’ont pas ces effets:

J’étais sous antidépresseur et métoprolol après ma crise cardiaque, tous deux avec des effets secondaires sexuels. Et je l’ai senti. J’ai arrêté de prendre les antidépresseurs et je suis passé au bisoprolol et je suis revenu à la normale.

R.A. patiente